Les Petites Pyrénées diffèrent du Jura et des Préalpes par un certain nombre de traits: la
simplification incomplète du drainage, la rareté des troncs hydrographiques longitudinaux,
l'inachèvement des dépressions, le profil irrégulier des vallées subséquentes, l'étroitesse générale
des cluses qui gardent souvent des aspects de gorges, et, d'autre part, l'uniformité et le nivellement
général des crêtes et des sommets, tous tangents à une ancienne surface d'érosion inégalement
relevée.
Ce sont les témoignages d'une évolution plus complexe que celle des chaînes préalpines; d'une
usure ancienne suivie de rajeunissements récents du relief. Aussi, plus encore qu'au type jurassien,
le relief des Petites Pyrénées nous semble s'apparenter au type appalachien ou armoricain décrit par
M de Martonne, quelles que puissent être par ailleurs, entre tous ces systèmes, les différences
chronologiques des plissements et des cycles d'érosion successifs.
Comme les rides multiples des Alleghanys, comme les crêtes des plateaux siluriens que traverse la
Vilaine au Sud de Rennes, les Petites Pyrénées offrent un exemple remarquable d'une portion de
chaîne plissée, nivelée par l'érosion d'un cycle ancien, mais où des mouvements épéirogéniques
ultérieurs ont amené un nouvel encaissement des vallées antécédentes, une résurrection du relief de
plissement dont la structure du sol garde toujours des traces, un remaniement constant du réseau
hydrographique par d'incessants phénomènes de capture qui ont ouvert ou laissé subsister à travers
les crêtes des cluses vives ou abandonnées analogues aux »watergaps » et au windgaps » des
Alleghanys et dont peuvent profiter les relations humaines.
Mais l'intérêt, d'une analyse du relief des Petites Pyrénées ne réside pas seulement dans les
assimilations qu'elle permet à des types déjà définis et classés, ni dans les contributions qu'elle peut
apporter à l'histoire et à l'explication du relief général de la chaîne pyrénéenne. Elle fournit aussi
l'un des principes de la plupart des caractères géographiques des Petites Pyrénées, car toutes ces
particularités de leur structure et de leur relief ont leur retentissement dans tous les ordres de
phénomènes de leur géographie physique et humaine: caractères de l'hydrographie, en rapport avec
l'organisation du réseau des vallées, la nature des roches et l'inclinaison des pentes; nuances
diverses du climat suivant les altitudes et les expositions; - localisation de la végétation et des
cultures et distribution des habitations suivant la variété des affleurements, les caractères de la
topographie et la disposition des niveaux des sources; - adaptation du réseau des routes au système
des dépressions longitudinales et des cluses transversales; - organisation des groupements
historiques en conformité des conditions ainsi imposées aux rapports humains; - développement de
l'activité économique selon les ressources recélées par le sol, les forces fournies par les eaux, les
sollicitations offertes par les routes; - installation des centres urbains aux points prédestinés de la
topographie.
Peut-être n'était-il donc pas inutile de tenter de préciser et d'expliquer les caractères morphologiques
de cette portion des Pyrénées, qui n'a guère été étudiée jusqu'ici qu'au point de vue géologique et
botanique.
Cet aperçu géographique et hydrographique est une parfaite introduction à ce qu'a été la vie
quotidienne des habitants de la Haute Vallée de l'Hers, qui avaient su mettre à profit les possibilités
offertes par leur territoire.
Lorsque au cours d'un colloque sur les marbres pyrénéens j'avais rencontré Mr Bernard Peybernès,
je m'étais empressée de lui demander si les Gorges de la Frau avaient fait l'objet d'une étude
scientifique particulière. A mon grand regret et à ma connaissance, on peut donc reprendre la
conclusion de M.L. Goron qui déplore le manque d'études spécifiques sur cette région de notre Pays
des Pyrénées Cathares.
Il n'est pas inutile d'adjoindre, pour mémoire, quelques éléments de la Thèse de Bernard Peybernès
(Agrégé de l'Université) du 31 janvier 1976. Le Jurassique et le Crétacé inférieur des Pyrénées
Franco-espagnoles entre la Garonne et la Méditerranée ; nous pourrons remarquer que les travaux
de Léon Bertand déjà évoqués par L Goron y sont repris.
Afin de ne pas opérer une transition trop spécifique je présenterai ces travaux en fin de chapitre.
Il s'agit d'une étude biostratigraphique, lithostratigraphique et d'une reconstitution de l'évolution
paléogéographique qui tendait à dégager les implications structurales importantes qui découlaient
d'une meilleure connaissance des séries anté-cénomaniennes du cycle alpin pyrénéen.
« Il était fondamental de les confronter d'une manière critique avec la plupart des théories actuelles
sur la tectonique de la chaîne qui, dans un objectif faussement moderniste, faisaient généralement
peu de cas des données de base nécessaires à toute réflexion géologique constructive. Cette
confrontation et les nouvelles idées structurales qui en jaillissent constituent une partie de la
conclusion générale de l'ouvrage. Ces conceptions sont le résultat d'un travail d'équipe mené par
l'ensemble des chercheurs du Laboratoire de Géologie de l'Université Paul-Sabatier sous l'impulsion
de Monsieur le Professeur P.Souquet. »
Je ne citerai que les éléments strictement relatifs à notre région, peut-être un peu ardus, il sera
question de Dogger, de Lias , d' Ecailles anticlinales ou septentrionales, mais cette étude de notre
sous-sol me paraît importante à signaler.

